|
Le terme jí (卽, soku) que nous traduisons le plus souvent par le mot identité n'est pas à proprement parler un terme bouddhique. Nous ne trouvons pas à priori un terme sanskrit dont il serait l'équivalent1. Rappelons qu'en chinois, jí signifie s'approcher, la proximité, maintenant, immédiatement, précisément ou encore même si, si et que l'étymologie du caractère renvoie à une notion de grande proximité, d'immédiateté.
Nous examinerons ici la signification la plus courante de ce terme dans le bouddhisme : la similitude ou le fait que deux objets distincts n'en soient qu'un seul en fait. En ce sens, le mot français identité qui provient du latin identitas et qui désigne la « qualité de ce qui est le même », semble représentatif de ces notions que nous allons examiner dans le détail. À la fois l'École Tiantai et l'École des Trois traités donnent des classifications de la notion d'identité qui présentent quelques similitudes.
L'École Tiantai distingue trois possibilités différentes dont cette notion d'identité résulte.
1. La mutuelle adéquation (二物相合, nimotsusōgō, èrwùxiānghé) : deux choses, bien que distinctes, ont toujours un rapport de mutuelle dépendance. Généralement ces deux choses sont voisines et le phénomène que nous observons résulte d'une interaction. Par exemple le feu et la fumée.
2. La dualité de l'apparence (背面相翻, haimensōhon, bèimiànxiāngfān) : l'expression chinoise est beaucoup plus parlante que ma traduction. Elle indique le dos (背) ou la face (面) qui se présentent à tour de rôle (相翻). Nous avons là un seul corps mais il ne présente qu'un seul de ses deux aspects à chaque fois. Comme une pièce de monnaie dont on ne peut voir qu'une face à la fois ; la manifestation de l'un des aspects de l'objet empêche de voir l'autre. Pour donner un exemple qui soit davantage du registre du bouddhisme que la pièce de monnaie, on peut également évoquer un miroir, l'une des faces est réfléchissante et l'autre opaque2.
3. La parfaite coïncidence de la substance (當體全是, tōtaizenze, dāngtǐquánshì) : nous avons là le degré ultime de l'identité, où un phénomène tel qu'il est s'avère être ce que nous identifions précédemment comme un autre phénomène. Ce processus n'est possible que lorsque finalement de la part de l'observateur il y a une prise de conscience spécifique qui fait qu'il se rend compte que là où auparavant il établissait une différence fondamentale entre deux phénomènes, finalement le critère de cette distinction est infondé. Pour faire un parallèle avec les six identités, il s'agit là de l'identité absolue (究竟即, kyukyōsoku, jiūjìngjí).
Dans l'École des Trois traités nous trouvons deux cas de formation de l'identité.
1. La proximité de l'étant (卽是, sokuze, shìjí) : deux phénomènes sont la manifestation d'une entité.
2. L'inséparabilité (不相離, fusōri, bùxiānglí) : deux objets distincts ne peuvent se trouver l'un sans l'autre. L'expression chinoise signifie littéralement 'de mutuel (相) non (不) éloignement (離)'.
On peut remarquer des similitudes entre ces deux listes. Elles résultent principalement de l'application de la logique bouddhique et de l'attention aux phénomènes.
Voir également six identités.
|